Propos Recueillis Par Khady Bakhoum
28 Juillet 2009

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interviewPropos Recueillis Par Khady Bakhoum
28 Juillet 2009

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interview


Le volume des exportations en fruits et légumes, pour la campagne 2008-2009, a atteint plus de 14 000 tonnes au premier semestre. Dans l'entretien qu'elle nous a accordé, Mme Sagar Diouf Traoré, directrice générale de l'Agence sénégalaise pour la promotion des exportations (Asepex), relève les avancées enregistrées par le Sénégal en matière de référencement, de qualité de produits, etc. Elle indique également les nouveaux marchés qui s'ouvrent aux produits 'origine Sénégal'.

Comment se portent les exportations sénégalaises dans cette période de restriction de la demande internationale ?

Au Sénégal, nous n'enregistrons pas de restriction de la demande internationale. Bien au contraire, nous enregistrons des sollicitations portant sur des produits émergents tels que le maïs doux, le butternut (variété de courge), entre autres. Il en est de même pour la demande de produits halieutiques dans la sous-région ouest-africaine. Aujourd'hui, notre offre est bien inférieure à la demande. Je dirais, sans risque de me tromper, que les exportations se portent bien.

Quelles sont les barrières non tarifaires qui freinent les exportations sénégalaises ?

Pour l'accès au marché, il y a ce qu'on appelle les mesures tarifaires et les mesures non tarifaires. Les mesures tarifaires représentent tout ce qui est lié aux droits de porte, c'est-à-dire les droits de douane et les taxes intérieures applicables à l'importation. Les mesures non tarifaires, par contre, constituent des limitations d'importation tels que les contingentements, les quotas et autres restrictions. Pour le cas du Sénégal, c'est principalement le respect des normes sanitaires et phytosanitaires pour les produits alimentaires. C'est pourquoi, au niveau de l'Asepex, nous avons un important programme d'amélioration des laboratoires de contrôle que nous avons commencé à exécuter avec l'appui des partenaires au développement. Ce programme vise à faire de sorte que le Sénégal puisse présenter, sur tous les marchés extérieurs, des produits de qualité répondant à toutes les exigences réglementaires.

Qu'est-ce que l'Asepex fait pour que les produits sénégalais soient référencés (code barre, etc.) ?

Sur le respect des normes, nous sommes déjà dans le sujet. La labellisation, la codification, tout cela entre dans la démarche qualité. La traçabilité résout en partie le problème de la codification. L'Asepex est en train de s'organiser avec le secteur privé pour l'obtention d'un code pays. Maintenant, le référencement provient du marché qui accepte la production du fait de la satisfaction des exigences obligatoires et réglementaires. Aujourd'hui, tous les produits livrés par le Sénégal dans l'agro-alimentaire sont jugés conformes par l'Union européenne qui nous a décerné un agrément de la conformité des contrôles opérés par le Sénégal. Il s'agit du règlement CE/430-2006.

Je voudrais également souligner l'action que nous avons menée le mardi 14 juillet dernier portant sur la validation des avant-projets de normes nationales sur les produits agricoles et agroalimentaires. C'était au cours d'un atelier de trois jours qui entre dans le cadre de la mise en oeuvre des activités du projet de Promotion d'une agriculture durable (Pacd), financé par l'Agence française de développement (Afd). L'objectif a été de doter le pays d'un cadre réglementaire devant servir de référence pour tous les acteurs évoluant dans les secteurs concernés.

En réalité, l'élaboration de normes pour nos produits locaux répond à un double objectif. D'une part, garantir la sécurité sanitaire du consommateur sénégalais, mais aussi des consommateurs des pays de destination de nos produits d'exportation. D'autre part, les normes constituent des références qui doivent permettre aux producteurs et transformateurs d'obtenir des produits conformes à la demande. Au plan national, les normes sénégalaises permettront de contrôler les produits importés, pouvant de manière déloyale concurrencer la production nationale. Au plan international, l'existence des normes nationales permettra au Sénégal de mieux positionner ses produits et d'être plus compétitif. Pour la campagne 2008-2009, le volume des exportations en fruits et légumes, au premier semestre, a atteint plus de 14 000 tonnes. A ce rythme, avec une bonne campagne de mangues, l'objectif des 30 000 tonnes de fruits et légumes à exporter à l'horizon 2010, peut être atteint dès maintenant.

Qu'est-ce qui explique la faiblesse des exportations vers le marché américain ?

Je préfère dire plutôt comment l'Asepex est en train, par le biais d'une approche partenariale avec l'Usaid et sa branche chargée de promouvoir les exportations, le West African Trade Hub, de développer progressivement les exportations vers les Etats-Unis. Il est vrai qu'il y a du chemin à faire pour être au même niveau que le Ghana, mais force est de reconnaître tous les efforts que nous sommes en train de faire pour positionner nos entreprises. Ces efforts se résument en deux approches : la mise en relation entre acheteurs et entreprises exportatrices sénégalaises et le partenariat promotionnel pour le positionnement des entreprises sénégalaises sur le marché international. Le cas le plus illustratif est notre récente participation à l'International Boston Seafood Show où nous avons accompagné plusieurs entreprises comme Sacep, Soperka, Ets Mandiang et Frères, Pirogue Bleue.

Pourquoi ne faites-vous pas le benchmarking (copier ce que l'autre fait en mieux) du Ghana, dont la valeur des exportations, dans le cadre de l'Agoa, est 10 fois plus importante que celle du Sénégal ?

La question est très intéressante. Le benchmarking est toujours nécessaire dans la promotion des exportations, car étant une analyse comparative. Mais ce qu'il y a lieu de dire, ce n'est pas d'aller au Ghana, de voir et de prendre les méthodes d'application à la promotion des exportations vers les Etats-Unis. Nous savons tous que le Ghana a un avantage certain sur les autres pays de la région ouest-africaine, notamment en ce qui concerne l'exportation de produits africains, dont le beurre de karité. A ce niveau, il a le potentiel et l'accès au marché américain. Il y a aussi le fait qu'il dispose d'autres produits très prisés aux Etats-Unis, notamment ses produits artisanaux et ses produits textiles. Maintenant, à notre niveau, on gagnerait à connaître sur quels leviers le Ghana s'est appuyé pour développer son commerce international.

Vous voyagez toujours avec des entreprises exportatrices. Quel est le nombre de contrats obtenus au cours de ces déplacements ?

L'Asepex n'exporte pas. Sa mission est plutôt d'aider à exporter par l'identification de marchés porteurs et le positionnement des entreprises sur lesdits marchés. Sur le nombre de contrats, on ne peut pas vous dire avec exactitude, à cause du principe de la confidentialité. Nous travaillons avec les entreprises dans la stricte confidentialité qui est le sceau de protection vis-à-vis de la concurrence. Seule l'entreprise est habilitée à donner des informations concernant sa stratégie. Nous privilégions le professionnalisme à toutes les étapes de la chaîne d'encadrement des entreprises. Car exporter requiert un certain niveau de connaissance du commerce international. L'exportation n'est pas une action spontanée, c'est un métier qui s'apprend. Tout est stratégique dans les exportations. Par contre, il y a lieu de retenir que l'environnement des exportations sénégalaises s'améliore de jour en jour, tant au niveau de la qualité qu'au niveau de la quantité et de la diversification des destinations, tant au niveau des valeurs qu'au niveau des volumes

Parlez-nous du voyage de l'Asepex en Roumanie ?

Ce n'est pas un voyage, mais plutôt une mission de contact qui a été une grosse réussite en ce sens qu'elle a permis de poser les premiers pas consistant à équilibrer la balance commerciale entre le Sénégal et la Roumanie qui représente un bon marché avec une population estimée à environ 22 millions. C'est l'une des principales puissances économiques de l'Europe de l'Est. Le pays vient en deuxième position, dans la région, derrière la Pologne et est, à ce titre, le septième plus grand marché d'Europe.

L'analyse de la balance commerciale entre le Sénégal et la Roumanie, de 2000 à 2007, laisse apparaître un déficit profond sur toute la période de référence. Les taux de couverture enregistrés ne dépassent jamais la barre des 3 % et, l'essentiel des flux commerciaux (plus de 98 %) constitue des importations sénégalaises.

Les marchés suédois et brésilien s'ouvrent au Sénégal. Quelle est la stratégie de l'Asepex pour permettre aux entreprises d'aller à l'assaut de ces marchés ?

Notre stratégie globale consiste à mettre en oeuvre aussi bien la Stratégie de développement des exportations (Stradex) que la Stratégie de croissance accélérée (Sca) et à promouvoir les produits 'origine Sénégal' identifiés dans ces deux stratégies sur les marchés extérieurs. Pour les mettre en oeuvre, nous développons plusieurs approches parmi lesquelles l'approche partenariale. Celle-ci tient compte de certains outils de communication inspirés du 'système des deux vagues', dont l'application consiste à instituer des relations de partenariat avec les organismes homologues et à pouvoir, par le biais de manifestations commerciales, pénétrer beaucoup plus facilement les marchés porteurs.

Récemment, au mois de mai 2009, nous avons eu à travailler dans le cadre d'une formation d'exportateurs sénégalais, avec Open Trade Gate Sweden qui est notre homologue. En juin 2009, nous avons aussi collaboré avec les Brésiliens lors de la mission commerciale du Brésil au Sénégal. J'ai eu à discuter avec mon homologue brésilien et des perspectives de collaboration se dessinent. Et nous envisageons de prospecter d'abord le marché brésilien et ensuite, d'essayer d'y positionner les entreprises sénégalaises ayant un potentiel à l'export.

Faites-vous, au préalable, des études de marché pour aider les exportateurs à identifier le segment qu'ils peuvent attaquer ?

Bien évidemment ! La promotion des exportations va de pair avec l'étude de marchés. La prospection fait partie de notre travail au quotidien. Ce sont principalement des études quantitatives, qualitatives et documentaires.

L'Asepex accompagne-t-elle les entreprises dans la recherche de financement et dans l'amélioration de la production (quantitative et qualité) des Pme ?

Effectivement, nous les accompagnons conformément à nos missions, tout en mettant un accent particulier sur la mise en relation et la promotion du commerce sous-régional. Nous avons identifié plusieurs marchés de la sous-région (Côte d'Ivoire, Togo, Mali) comme étant un réceptacle de produits agricoles, agro-industriels du Sénégal. L'analyse de la demande dans ces pays membres de la Cedeao et les résultats de la mission de prospection commerciale, effectuée au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, au Togo, au Mali et au Bénin, du 8 au 24 avril 2009, montrent que les produits agricoles et agro-industriels et, en particulier, les fruits et légumes du Sénégal, présentent des marges de progrès encore intéressantes.

Quel est le bilan de l'Asepex pour l'année 2008 (chiffres des exportations et facilités aux entreprises) ?

L'année 2008 a été le reflet des actions posées précédemment par l'agence, notamment en 2006 et en 2007. Les entreprises sont consolidées, la démarche qualité est devenue une vérité absolue, plusieurs entreprises vont vers la certification bio et conventionnelle, l'accès au marché américain est une réalité même s'il est timide dans le secteur alimentaire et celui des cosmétiques. Tout compte fait, il est important de noter que les actes posés n'ont pas fini de produire les effets escomptés. A ce titre, nous pouvons dire tout haut que l'Asepex a un bilan positif.

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