Quoique inhabituelle, une croissance trimestrielle de cette ampleur n’est pas sans précédent. En fait, il arrive d’en voir en milieu de cycle économique ou près du sommet. Cependant, on sait d’expérience qu’aux É.-U., les gains trimestriels importants surviennent souvent juste après une période de récession – c’est-à-dire en phase de reprise du cycle – et durent parfois de trois à cinq trimestres consécutifs. Le moment semble être le bon, mais cet accès de croissance est-il durable?

Un survol rapide des sources de croissance fait apparaître un tableau contrasté. La stabilisation des stocks a joué un rôle immense, puisqu’elle représente 60 % de la croissance trimestrielle. Il s’agit d’un signal fort : l’économie américaine se rééquilibre. Cependant, les dépenses de consommation, un des principaux moteurs de la demande mondiale, n’ont augmenté que de 2 %, soit moins qu’au troisième trimestre, signe que les Américains continuent de se montrer circonspects. En revanche, la croissance phénoménale des exportations a ajouté plus au PIB net que toutes les dépenses de consommation, même si les exportations ne représentent que le sixième du secteur américain de la consommation.

À l’échelle mondiale, les exportations ont connu un assez bon dernier trimestre 2009. D’après les données jusqu’en novembre, la croissance se situe à 16 %, soit nettement plus que la progression du PIB global. Cependant, l’économie américaine s’est nettement démarquée, avec une augmentation de 28 %. Aucune autre région n’a fait aussi bien, à l’exception du Japon, qui a aussi beaucoup plus reculé que la plupart des autres économies et reste à 18 % en dessous de son pic d’activité. Les exportations mondiales se situent en moyenne à 13 % en deçà de ces sommets et, avec la croissance du trimestre dernier, l’économie américaine se trouve légèrement au-dessus de la moyenne – ce qui constitue une anomalie parmi les pays développés et correspond plutôt aux statistiques des marchés émergents.

Y a-t-il une dynamique suffisante? Pour toutes les économies, l’essentiel de l’accès de croissance s’est produit en septembre et octobre derniers. Cela pourrait tenir au succès des programmes de relance budgétaire dans beaucoup de pays. Les dépenses devaient commencer à faire effet à l’automne, ce que les chiffres semblent confirmer. Si tel est le cas, cela indiquerait également que les mesures protectionnistes généralisées destinées à protéger les programmes de relance n’ont, au fond, pas suffi à écarter le commerce de l’essentiel de ce qui se passait. Le fléchissement du billet vert, qui a cédé 10 % de sa valeur par rapport à toutes les autres devises entre la fin 2008 et le milieu 2009, semble avoir également servi le commerce américain.

La dynamique a été interrompue en novembre. La croissance des exportations a calé et enregistré des baisses modérées dans des régions clés. Si la tendance s’est maintenue en décembre, la croissance du trimestre en cours sera presque au point mort. La conjoncture économique actuelle est instable et la confiance vacille, ce qui complique les prévisions mensuelles. Autrement dit, nous devons, dans une large mesure, attendre de voir.

Deux facteurs pourraient changer cela. Premièrement, si le coup de pouce donné par les mesures de relance budgétaire se prolonge en 2010, ce que les chiffres du commerce devraient montrer. Deuxièmement, s’il y a une vraie reprise des dépenses de consommation, aux États-Unis comme dans d’autres pays de l’OCDE, ce qui est moins probable, étant donné les chiffres récents en ce qui concerne la confiance et les ventes au détail.

Conclusion? La croissance américaine au quatrième trimestre est une bonne surprise, mais il ne faudrait pas y voir pour autant une vraie reprise. Il faudra un redémarrage plus équilibré de la demande, ce qui va prendre des mois encore. Pour l’instant, l’augmentation sensible de l’activité est un bon signe avant-coureur de la reprise.
Peter Hall EDC