Afrik.com :
Vous avez inauguré la Maison de l’Afrique-Mandingo à
Montréal le 5 novembre dernier. Comment s’est
déroulé l’évènement ?

Mariam Sy Diawara :Très bien. Presque tous
les ambassadeurs des pays africains en Amérique du
Nord étaient présents dont le Doyen des ambassadeurs
qui représente les pays africains francophones,
anglophones et lusophones. Rien que leur présence et
leur réunion dans un même espace était une première
à Montréal. De plus, la totalité des invités avaient
un regard émerveillé, comme chacune des personnes
qui entrent dans ce lieu, donc je pense que c’était
une réussite.


Afrik.com :
Comment est née l’idée de créer un espace dédié à
l’Afrique en plein cœur de Montréal ?

Mariam Sy Diawara :
En fait, il s’agissait
de répondre à un besoin réel. Je suis arrivée à
Montréal il y a plus de dix ans et j’ai de suite
ressenti le besoin de créer un lieu de convergence
des initiatives africaines à Montréal et au Canada.
En fait, la « Maison de l’Afrique » est une entité
commerciale qui existe depuis six ans et qui propose
des partenariats commerciaux entre les pays
africains et nord-américains. Désormais, cette
structure a un lieu d’ancrage à Montréal.


Afrik.com :
Quelles sont les activités que propose ce nouvel
espace ?

Mariam Sy Diawara :
L’ensemble est divisé en
plusieurs espaces différenciés : le musée qui peut
également accueillir des conférences, des débats,
des projections, la galerie d’art, la librairie et
le café, où nous servons bien sûr des mets, des thés
et des cafés africains, des jus de fruit de chez
nous, comme le bissap. Nous proposons des
manifestations culturelles et des interventions dans
les écoles, car notre but est vraiment de faire
connaître la culture africaine aux nord-américains.
Ce sont des gens qui sont très friands de cultures
et de peuples étrangers. Dès le 13 janvier prochain,
nous présenterons par exemple une exposition sur le
costume africain. Aux gens qui s’imaginent que les
Africains ont eu l’habitude de paraître nus, nous
répondons par une histoire du costume africain, qui
va du tapa, une légère étoffe faite d’écorce battue,
au rafia.


Afrik.com :
L’idée première est donc, au travers de cet espace,
de faire connaître une Afrique encore méconnue au
Canada ?

Mariam Sy Diawara :
En fait, l’idée de
communiquer sur l’Afrique ne date pas de maintenant.
L’Afrique a besoin que l’on parle d’elle, qu’on la
« vende », qu’on la montre à l’étranger. Par son art
millénaire, son art de vivre, son humanisme, son
côté « bon vivant », elle a tout un savoir-faire à
mettre en avant, notamment dans des pays où tout
dégringole. Et puis, inversement, il y a un réel
intérêt des gens d’Amérique du nord pour l’Afrique,
pour ses qualités humaines. Mon travail est donc de
mettre en lien ces demandes, de part et d’autre.


Afrik.com :
Comment est-ce que les autorités montréalaises et
canadiennes ont accueilli la Maison de l’Afrique ?


Mariam Sy Diawara :
Très bien, elles
faisaient partie des personnalités présentes lors de
l’inauguration. En fait, le service de l’immigration
canadienne nous a félicités pour notre démarche. Ils
avaient besoin qu’un tel espace existe, car jusqu’à
présent la communauté africaine du Canada n’était
pas réellement organisée. Désormais, elle a une
visibilité réelle, et c’est très important pour les
autorités.


Afrik.com :
Etes-vous en contact avec toutes les communautés
africaines présentes à Montréal et au Canada ?

Mariam Sy Diawara :
Pas toutes encore. Nous
sommes en train de contacter les représentants de
ces communautés dans l’idée d’organiser un
rassemblement, après les fêtes de fin d’année. Il
faut que les gens connaissent les africains de
valeur qui vivent à Montréal, les noirs de valeur
pour faire émerger le Montréal africain et le Canada
africain.


Afrik.com :
Outre l’aspect culturel de votre démarche, il y a
aussi la dimension économique et commerciale.
Comment gérez-vous ce pan économique ?

Mariam Sy Diawara :
Nous avons une structure
qui s’intitule Passerelles Afrique Canada, qui est
en charge du commerce entre les pays d’Afrique et du
Canada. Au-delà de cela, la Maison de l’Afrique a
comme première activité la promotion touristique de
l’Afrique. Nous sommes chaque année présents au
Salon international du tourisme au Canada pour
promouvoir les destinations comme le Mali, le
Sénégal, le Niger, le Bénin. En France, ces
destinations sont connues et visibles, mais ce n’est
pas encore le cas au Canada.


Afrik.com : Les
représentations diplomatiques ne contribuent pas à
la promotion touristique de leurs pays ?

Mariam Sy Diawara :
Si, bien sûr. Il existe
des offices de tourisme dans les ambassades, ou bien
des Chargés du tourisme, mais ces derniers manquent
de budget. C’est pour cela qu’on intervient. Nous
sommes moins chers et plus efficaces. Jusqu’à
présent, notre aide a servi à faire apparaître de
nombreux pays africains dans des brochures
touristiques canadiennes où ils n’existaient pas
jusqu’à présent.


Afrik.com :
S’agissant du financement de la Maison de l’Afrique,
vous avez fait appel à l’aide du gouvernement
canadien pour monter votre projet ?

Mariam Sy Diawara :
Quelque part on a voulu
montrer que nous autres Africains, nous pouvons
faire quelque chose sans le concours d’autrui. J’ai
eu le soutien de mon époux, de mes amis
gratuitement, mais non, je n’ai pas fait appel aux
subventions. Je pense que pour pérenniser dans notre
domaine, nous nous devons d’être indépendants, de
nous battre par nos propres moyens. C’est pour cela
aussi que nous attendons beaucoup de monde dans
notre espace. Il est important que les gens
s’approprient la Maison de l’Afrique et contribuent
à sa pérennité. Alors tous ceux qui rêvent de notre
belle Afrique au Canada et aux États-Unis sont les
bienvenus…