Dans les récessions précédentes, la durée de la « récession des bénéfices » a varié. En 1981-1982, la chute a duré quatre trimestres consécutifs, puis huit longs trimestres de 1989 à 1991. Et même s’il n’y a pas eu de récession en 2001, les bénéfices n’en ont pas moins décroché sur quatre trimestres. Chaque fois, les dégâts ont été importants. En 2001, la chute du pic au creux a été de 25 %. En 1981-1982, elle a été pire, à 37 %, et plus marquée encore en 1989-1991, à 52 %. Cette fois-ci, le coup porté aux bénéfices a duré relativement peu mais il a été rude, à 45 %, ce qui n’est guère surprenant étant donné l’ampleur de la récession.

La plupart des industries ont ressenti le choc. Dans les industries du secteur primaire et dans le secteur manufacturier, les contractions étaient proches de la moyenne nationale. Les résultats varient dans le secteur manufacturier, où l’industrie de l’automobile et des pièces est particulièrement éprouvée. Les baisses dans le secteur immobilier étaient relativement légères, tout comme dans le secteur de la santé et de l’éducation et dans les services liés au tourisme et à la culture. Le plus durement touché a été le secteur du pétrole et du gaz naturel, dont les bénéfices ont chuté de près de 70 % par rapport aux sommets antérieurs.

En général, les marges bénéficiaires ont mieux tenu, ce qui donne à penser que les entreprises ont pris rapidement des mesures pour contenir les coûts. Un peu moins de la moitié des principales industries productrices de biens n’ont en fait noté aucun changement ou ont réussi à accroître leurs marges malgré la chute des bénéfices. Les marges se sont révélées particulièrement solides dans l’exploitation minière non énergétique, dans le secteur des produits électroniques et dans les services non financiers, sans oublier beaucoup d’autres industries qui ont réussi à tenir bon. C’est dans le secteur des hydrocarbures et dans celui des pièces d’automobile que les marges ont chuté le plus vite, l’industrie automobile ayant en fait plongé profondément dans le rouge d’où elle tarde à sortir.

Cela donne, tout compte fait, un bien triste tableau, mais les derniers chiffres permettent un certain optimisme, puisqu’ils révèlent une remontée de 19 % des bénéfices au deuxième semestre de 2009. Certes, les bénéfices restent inférieurs de 35% aux sommets, mais la remontée est belle d’un point de vue historique. En 1982, les bénéfices s’étaient redressés de 1,9 % seulement dans les six mois qui avaient suivi le plongeon. En 1991, les chiffres étaient un peu plus réjouissants, mais à peine, à 7,9 % pendant la même période. Il n’y a qu’en 2002 qu’ils étaient meilleurs, à 24 %, mais rappelons-le, l’économie mondiale se portait alors globalement bien mieux.

La récente remontée privilégie-t-elle certains secteurs? Pas du tout, car toutes les industries y participent. Celles qui ont essuyé les plus forts revers enregistrent généralement les remontées les plus nettes. Grâce à un redressement au troisième trimestre de 2009, les bénéfices du secteur manufacturier sont en hausse de 46 % par rapport au creux de la vague et ceux du secteur des hydrocarbures, de 24 %. Un sursaut de fin d’année dans les secteurs de la finance et des assurances s’est traduit par une augmentation des bénéfices de 20 %. Néanmoins, la plupart des industries restent bien en dessous des niveaux records. L’agriculture et l’immobilier sont des exceptions notables, leurs bénéfices de fin d’année étant légèrement supérieurs à leurs pics.

Conclusion? Les bénéfices ont été étrillés par la récession, mais les mesures de rationalisation prises rapidement par les entreprises, une économie intérieure robuste et des programmes de relance dynamiques ont tous contribué à un redressement étonnamment vigoureux dont les entreprises canadiennes pourront profiter à la faveur d’une reprise mondiale croissante tout au long de 2010.

Peter Hall