Le commerce extérieur canadien est extraordinairement asymétrique. En 2009, les É.-U. ont absorbé 75 % de nos exportations de marchandises. Même après une hausse substantielle de sa part en 2009, la principale destination suivante, le R.-U., n’a représenté que 3,4 % du total. En fait, une poignée de grands pays industrialisés a reçu 84 % de nos exportations, le reste étant divisé en une kyrielle de bien petits segments. Cela semble très concentré, mais c’est mieux, en fait, qu’il y a à peine sept ans, quand 87 % de nos exportations de marchandises se destinaient aux É.-U. et 93 %, aux grands pays industrialisés. Cela montre qu’une certaine diversification est en cours, ce qui est bien. Mais est-ce suffisant?
Imaginons un profil commercial radicalement différent – un scenario où les grands marchés industrialisés représenteraient tout juste plus de la moitié des exportations et les marchés émergents, le reste. Ce que disent des hypothèses prudentes fondées sur les tendances récentes de la croissance des exportations est édifiant. Au lieu de la croissance moyenne de 6,5 % enregistrée entre 2004 et 2008, les exportations canadiennes de marchandises auraient facilement pu progresser de 10 % par an. Calculée ainsi, la diversification aurait amorti en partie le coup que la récession a porté aux exportations l’an dernier.
L’incidence sur la croissance économique canadienne serait spectaculaire. À elle seule, une hausse plus forte des exportations pourrait ajouter 1 % par an à la croissance du PIB. Il y a tout lieu de penser qu’elle donnerait aussi un coup de pouce à l’augmentation annuelle des importations, ce qui atténuerait, voire annulerait, l’effet sur le résultat net. Cependant, exportations et importations créent des emplois et, tout compte fait, les répercussions sur l’économie resteraient très importantes globalement. De plus, le secteur du commerce affichant un essor plus rapide, l’intensité du commerce – exportations plus importations en part du PIB – augmenterait sensiblement au Canada.
Structuré comme il l’est actuellement, le commerce extérieur canadien prête le flanc à des risques à plus long terme. Avec le vieillissement de la population et des problèmes de productivité grandissants, nos clients traditionnels se heurtent à la perspective d’une croissance future moindre. Le potentiel de croissance à long terme dans les pays de l’OCDE se situe entre 2 % et 2,5 % et à moins encore dans certains cas. En revanche, les marchés émergents peuvent arriver collectivement à une croissance de 5 % à 6 % sur une longue période, et certains marchés clés, de 8 à 9 %. Voilà sans doute l’argument le plus simple que l’on puisse avancer en faveur de la diversification de notre commerce extérieur.
Que va-t-il se passer? Un changement radical est peu probable à court terme, mais la diversification était déjà amorcée, un tant soit peu, avant la récession. La croissance des exportations de marchandises vers les marchés émergents a nettement dépassé les 20 % par an dans la période allant de 2004 à 2008. La montée des cours des produits de base explique ces gains pour une bonne part, mais l’augmentation du volume n’était pas négligeable. Nous pouvons espérer qu’il s’agisse d’un début de changement dans la structure des échanges que la crise économique de l’an dernier ne fera qu’encourager.
Conclusion? La diversification n’est pas seulement dictée par la prudence. Dans la conjoncture actuelle, elle est en fait le gage d’une prospérité accrue à long terme. Ceux qui en acceptent les risques ont beaucoup à gagner.
Peter HALL EDC
Surpassez vos Frontières!
La solution de la diversification
le : dim. 14 de mars, 2010 18:46 UTC|
« Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. » Voilà un bon conseil en matière d’investissement, mais dont il est facile de ne pas tenir compte quand le rendement est particulièrement intéressant. Le commerce international du Canada se retrouve devant le même dilemme. Nous savons que la diversification serait une bonne chose mais, depuis des années, le rendement des échanges avec les É.-U. est trop alléchant. Cependant, négligeons-nous la diversification du commerce à nos risques et périls?
|