Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef EDC
Les chiffres mondiaux de la croissance pour 2010 sont nettement supérieurs aux prévisions initiales. Les poids lourds de l’économie ont produit une croissance de reprise impressionnante au dernier trimestre de 2009 et au premier trimestre de 2010. Les prévisions ont été revues à la hausse, et de plus en plus d’analystes ont salué l’arrivée de la reprise longtemps recherchée. Les marchés boursiers, aux anges, ont amorcé une belle remontée qui a duré trois mois.
Tout cela a changé fin avril avec les interrogations sur la situation financière en Europe méridionale et les craintes par là-même ravivées au sujet de l’état des institutions financières européennes. La détérioration des données économiques a depuis ajouté à l’angoisse. On s’entend de plus en plus pour dire qu’un fléchissement général est inévitable au deuxième semestre, et l’inquiétude est palpable quant à la réaction qu’aura le monde. Il est peu probable que le Canada tienne alors son cap. En fait, une combinaison de facteurs intérieurs et internationaux semble annoncer un ralentissement dans la deuxième moitié de l’année.
Le moment est déroutant. Beaucoup espéraient que les sommes énormes investies dans les mesures de relance budgétaire et monétaire soutiendraient l’économie jusqu’à une reprise durable. Mais l’effet de ces mesures se dissipe, et la reprise ne se fait toujours pas sentir dans certains secteurs clés de l’économie. Il semble que la reprise ne touche pas encore le cœur même de l’économie mondiale et que nous arrivons à un fléchissement de mi-reprise qui devrait être passager, mais qui mettra nos nerfs à l’épreuve pendant quelques mois.
D’après nos Prévisions à l’exportation de l’été 2010, la croissance mondiale devrait atteindre 4 % cette année, ce qui est un soulagement après la contraction de 0,6 % l’an dernier. Cependant, ce taux tient principalement à une croissance dynamique maintenant passée et, en fait, il reste assez faible par rapport aux périodes de reprise précédentes. Le fléchissement de la deuxième moitié de 2010 marquera par ailleurs les chiffres de l’an prochain, d’où une croissance à 4,1 % pour 2011.
Les perspectives de croissance mondiale plus faible devraient faire encore baisser les cours des produits de base dans la deuxième moitié de l’année et ramener le huard à 0,92 USD. Cette dépréciation soulagera quelque peu les exportateurs canadiens, mais le fléchissement de la demande au Canada et à l’étranger freinera la croissance pendant le reste de l’année. La croissance canadienne devrait s’établir à 3 % cette année, avant de retomber à 2,5 % en 2011. La progression des exportations suivra la même tendance et passera de 11 % cette année à 6 % en 2011.
Saurons-nous garder notre calme pendant les mois au ralenti? Tant qu’il n’y a pas de chocs, nous devrions bien nous en sortir, mais étant donné l’expérience des toutes dernières semaines, c’est loin d’être garanti. Il risque d’y avoir des répercussions quand des États souverains affaiblis s’adresseront au marché pour reconduire des dettes massives arrivant à échéance. Une croissance insuffisante des principales économies émergentes ébranlera probablement les marchés. Des nouvelles négatives des institutions financières pourraient aussi avoir des effets perturbateurs. Et tout choc défavorable, s’il persiste, risque de raviver les réactions protectionnistes inquiétantes que l’on a vues au début de la récession. Il faudra beaucoup d’efforts pour garder le cap.
Conclusion? La croissance marque le pas, et la réaction initiale des marchés n’est pas bonne. Mais il y a de bonnes raisons au ralentissement, et de bonnes raisons aussi de croire qu’il est temporaire. Autrement dit, la faiblesse d’aujourd’hui permet de résorber les excédents d’hier et de préparer le terrain pour un retour de la croissance demain.
Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l'auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'EDC.
Économie mondiale : l’épreuve du fléchissement au deuxième semestre
Le : 15/07/10 10h23|
La pression monte. Le ralentissement de la croissance transparaît dans toutes les données récentes, ce qui met un bémol à l’optimisme général du premier trimestre. Les marchés traversent une autre zone de turbulence, tandis que nous entrons dans la phase post-mesures incitatives de la reprise – qui est sans doute la période la plus délicate des deux dernières années.
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