Faiblesse générale de l’inflation de base
Le : 22/07/10 10h27|
Il a beaucoup été question de l’inflation mondiale dans les premiers mois de l’année, en raison de la reprise économique, des contraintes de capacité localisées et de certains effets fondamentaux. Depuis quelques semaines, on s’y intéresse beaucoup moins. D’autres questions ont-elles pris plus d’importance ou les chiffres récents de l’inflation sont-ils plus révélateurs?
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Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef EDC
Les prix à la consommation ont flambé au cours des 30 derniers mois. Les fortes augmentations des prix de l’alimentation et de l’énergie, plus les cours élevés d’autres produits de base, ont fait grimper en flèche les prix à la consommation de mi-2007 à mi-2008. Au plus fort, dans la plupart des pays industrialisés, les indices incluant tous les produits étaient nettement supérieurs aux cibles d’inflation des banques centrales et, même si les indices de base (qui ne comprennent pas les produits et les services aux prix les plus instables) se comportaient bien, d’aucuns craignaient qu’eux aussi subissent la contagion des autres éléments non essentiels. Les banques centrales étaient en état d’alerte générale.
Le choc du plongeon économique et financier de la fin 2008 a déplacé les préoccupations. Les cours des produits de base se sont effondrés et, partant, l’inflation a fondu. Du jour au lendemain, les murmures à propos des prix ne concernaient plus l’inflation mais bien la déflation. Là encore, avec la chute des cours, les prix de base se sont maintenus et sont restés dans la zone de confort des banques centrales. Un an après la baisse spectaculaire des cours du pétrole, des métaux de base et de certains aliments, les effets négatifs ont disparu dans les principaux indices de prix. Ajoutons à cela la reprise mondiale, et la croissance des prix à la consommation était revenue dans l’axe fin 2009.
Depuis, les prix affichés sont généralement orientés à la baisse. Le gros excédent de capacité dans les pays développés freine la croissance des prix depuis quelques mois. Mais derrière cette re-stabilisation apparente se cache un changement important, à savoir que la croissance des prix de base ne cesse de fléchir dans la plupart des économies occidentales. Aux États-Unis, elle est tombée de 1,8 % en décembre dernier à moins de 1 % en mai. Dans le même temps, en Europe, elle est passée de 1,5 % à 1,2 %. Au Japon, les prix de base régressent carrément depuis le début 2009. Dans tous les cas, la croissance mensuelle est très faible depuis quelque temps et nettement inférieure aux objectifs. Une évolution aussi languissante suscite généralement l’inquiétude mais, à ce jour, il n’est guère fait mention de la déflation tant redoutée.
Le Canada n’échappe pas à cette tendance générale. Les prix affichés ont globalement suivi le même schéma que dans le reste des pays industrialisés. Sauf dans les catégories instables de l’alimentation et de l’énergie, les prix sont, pour l’essentiel, restés inchangés de mars à mai, ce qui donne une croissance sur un an juste en dessous de 1 %. La croissance dans le calcul officiel de l’inflation de base est supérieure, mais la tendance mensuelle est exactement la même ces derniers mois.
On peut, à voir l’inflation de base, conclure que tout va bien. On avait prévu la stabilisation des prix, et les indices se comportent comme prévu. Mais les analystes ont insisté pour que les marchés ne tiennent pas compte de ces indices « globaux » au cours des 30 derniers mois car, autrement, ils nous auraient amenés à conclure que nous avions affaire à une inflation galopante, suivie d’une déflation instantanée, puis maintenant, d’une stabilisation. L’inflation de base a été le guide constant au cours de cette période difficile, et cela n’a pas changé. Donc, la baisse synchronisée récente de l’inflation de base a de quoi inquiéter. Le ralentissement mondial qui s’amorce se répercutera probablement dans la courbe des prix, et une faiblesse économique continue jusqu’à la fin de l’année donne à penser qu’il n’y aura aucun répit du côté de la faiblesse des prix de base avant quelques mois.
Conclusion? Parmi les indices de l’orientation de l’économie mondiale à court terme, les prix de base donnent à penser que l’offre et la demande resteront faibles… pour l’instant.
Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l'auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'EDC.
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