Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef EDC

Il suffit d’un coup d’œil aux données relatives à l’endettement pour voir que cela ne change apparemment rien. L’endettement des consommateurs en part du revenu disponible reste très élevé, ce qui signifie malheureusement que la pleine reprise de la consommation est loin d’être gagnée. Mais ces données ont toujours l’air pire juste après une récession. Les revenus se redressant, les ratios d’endettement peuvent nettement s’améliorer. L’évolution des habitudes d’épargne est un meilleur indicateur de la prudence actuelle des consommateurs.

Il y a une génération, l’attitude envers l’épargne était tout à fait différente de celle d’aujourd’hui. Dans la plupart des pays industrialisés, les consommateurs épargnaient au moins 10 % de leur revenu disponible. Or, cette proportion n’a cessé de diminuer pour finir par être inférieure à 5 % aux É.-U., au Japon, au R.-U. et au Canada. Même si les taux y sont plus élevés, la tendance est identique en Allemagne. En fait, les taux d’épargne ont encore diminué à la veille de la récession, pour ne plus représenter, aux É.-U., que 1 % du revenu disponible.

La récession a eu sur ces consommateurs l’effet d’un électrochoc collectif. Faute d’argent, ils ont dû dépenser moins et épargner plus. Le taux d’épargne américain est vite remonté, au point de frôler les 4 %. La même chose s’est produite en France. L’épargne des Canadiens est passée rapidement de 2,4 % à 4,3 % du revenu disponible. En Allemagne, où le taux d’épargne était déjà de 11 %, les consommateurs ont choisi d’épargner 1 % de plus de leur revenu disponible.

Les efforts, même tardifs, sont louables. Il aurait mieux valu, cependant, se montrer plus prévoyant pour pouvoir dépenser une fois les mauvais jours arrivés, car épargner pendant une récession a pour effet de déclencher ce que John Maynard Keynes appelle le paradoxe de l’épargne. Autrement dit, une augmentation collective de l’épargne entraîne une réduction de la demande globale assez importante pour faire baisser le niveau total de l’épargne dans l’économie. La croissance actuelle en est-elle touchée? La réduction des dépenses de consommation entraînée par l’augmentation de l’épargne en Allemagne représente 0,6 % du PIB. Au Canada, il s’agit de 1,8 %, et en France comme aux É.-U., de 2,4 %, ce qui n’est pas rien.

Heureusement, il semble que le pire soit passé. Dans la plupart des cas, les taux d’épargne semblent se stabiliser. L’OCDE prévoit même une légère baisse à court terme. Un retour à une épargne trop faible, comme avant la récession, n’est pas souhaitable, mais il est positif pour la croissance actuelle qu’elle n’apprécie plus. Ce qui est magique à ce stade, c’est que sans relèvement de l’emploi ou des salaires et sans rien d’autre qui augmente les revenus dans l’économie, les consommateurs vont dépenser plus. Depuis plusieurs trimestres, la croissance des dépenses est, par définition, nettement inférieure à celle des revenus. Une fois les consommateurs satisfaits de leur taux d’épargne, quel qu’il soit, les dépenses pourront s’aligner sur la croissance des revenus. Ce sont là les réels fruits de la prudence. Le gain sera substantiel et, heureusement, il ne devrait pas tarder.

Conclusion? Les consommateurs se sont réveillés de leur excès de dépenses chronique trop tard dans le cycle, et leur réaction a exacerbé la récession. Mais les effets négatifs sont presque passés et vont laisser place à une croissance plus ferme des dépenses, accompagnée d’habitudes d’épargne qui conduiront, à la longue, à une meilleure santé financière.