Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef

Après la débandade de fin 2008, la reprise des échanges semble être une très bonne solution aux maux intérieurs. À l’échelle mondiale, la croissance des exportations s’est tirée de ses profondeurs abyssales, affichant un rythme positif à deux chiffres et reprenant une bonne partie du terrain perdu au cours des trois derniers trimestres. Ce sont les données très récentes qui sont plus inquiétantes. Les exportations, un des moteurs de la croissance américaine, ont reculé de 1,3 % en juin. Dans le même temps, les exportations canadiennes ont diminué de 2,5 % et les japonaises, de 0,6 %, tandis que celles de Singapour, plaque tournante du commerce asiatique, stagnaient. Les chiffres ne sont pas en baisse partout, mais on se demande si les sursauts récents du commerce britannique et allemand, tout comme la croissance chinoise, sont durables.

Ce qui rend le fléchissement imminent dangereux, c’est l’ampleur de l’incidence de la reprise du commerce sur la croissance globale du PIB. Au cours des bons trimestres, l’activité commerciale américaine était en hausse de 14 % et la croissance du PIB, de 3,4 % en moyenne. À 2 %, la croissance du PIB allemand était modeste, mais celle des échanges commerciaux s’établissait à 12 %. Le Japon, particulièrement dépendant du commerce ces dernières années, a enregistré une croissance des échanges commerciaux de 22 %, mais de tout juste 3,3 % du PIB. De même, le Canada a connu une augmentation notable des exportations et des importations, en moyenne de 15 %, mais de seulement 4 % du PIB. Dans ces pays, la balance commerciale ne contribuait pas nécessairement au résultat net, mais l’augmentation des exportations et des importations crée des emplois locaux.

Le dynamisme du commerce est source d’espoir dans une conjoncture par ailleurs décourageante, et les décideurs y voient une occasion à saisir. Les É.-U. se sont fixé comme objectif de doubler les exportations en cinq ans. Le nouveau gouvernement britannique semble décidé à favoriser davantage le commerce extérieur. De même, le nouveau premier ministre japonais s’est rapidement engagé à promouvoir les produits des grandes entreprises de son pays. Et l’Allemagne devrait continuer, comme elle le fait depuis longtemps, de miser sur les exportations comme une des principales sources de vigueur économique.

L’instabilité des taux de change contrecarre dans une certaine mesure ces projets. Le protectionnisme naissant, déclaré ou plus subtil, représente aussi une menace. Mais les politiques se heurtent à un ennemi encore plus grand. Il semble intelligent pour une économie aux abois de chercher ailleurs une source de demande, mais quand la faiblesse est omniprésente, il est difficile de savoir qui a les moyens d’acheter. Les mesures de relance budgétaire prises dans le monde entier ont aidé à insuffler une nouvelle énergie dans le flux des échanges, mais il semble malheureusement que leur incidence s’estompe rapidement, et les sources de demande de rechange sont très incertaines.

Il va de soi qu’en définitive, il faut qu’il y ait une demande de produits finaux afin que le système fonctionne, mais pour l’instant, tout le monde cherche ailleurs des ciels plus cléments. Sans sources évidentes de croissance renouvelée de la demande, les nouvelles politiques, même s’il s’agit de bonnes stratégies à plus long terme, risquent de favoriser la propagation générale d’un néomercantilisme, les pays se disputant une part croissante d’un gâteau qui met du temps à monter.

Conclusion? Il est très bon d’encourager l’expansion du commerce mondial, car les échanges commerciaux resteront pendant longtemps encore le segment le plus dynamique du PIB, mais rien ne vaut une demande intérieure globale solide. Une fois qu’elle repartira vraiment, les politiques tournées vers l’extérieur auront plus de chances de porter des fruits.


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