Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef
Les bénéfices jouent un rôle clé dans toute reprise économique. L’activité se redressant, les commandes augmentent rapidement. Les entreprises, qui viennent tout juste d’endurer une récession, n’ont pas à ajouter de capacité dans l’immédiat, ce qui fait qu’une bonne partie de la demande renouvelée apparaît directement dans les résultats financiers. Le débit augmentant, cette hausse soudaine des bénéfices permet à son tour aux entreprises d’embaucher d’autres salariés et, pour finir, d’engager de nouveaux investissements dans leurs usines et leur équipement, toutes choses qui témoignent assurément d’une reprise bien installée.
Un effondrement des bénéfices a l’effet inverse. Au cours des 20 dernières années, le Canada a vu trois fois les bénéfices plonger. Au début des années 1990, ils ont chuté de 54 %. En 2001, ils ont rapidement reculé de 25 %. Cette fois, ce n’a guère été différent, puisqu’en l’espace de quatre trimestres se terminant à la mi-2009, ils ont dégringolé de 43 %. Les revirements nets provoquent généralement une réaction rapide des entreprises, avec des conséquences désagréables pour la macroéconomie. L’embauche et les projets d’investissement clés sont le plus souvent les principales victimes.
Les marchés ont donc été soulagés quand, à la fin du tout dernier cycle, les bénéfices sont repartis plus vite à la hausse qu’au début des années 1990. Leur belle augmentation de 29 % en tout juste trois trimestres a fait espérer que les cycles d’embauche et d’investissement reprendraient normalement, préparant solidement le terrain pour la prochaine phase de croissance économique. Les industries primaires ont été les grandes gagnantes, mais la reprise n’en a pas moins été généralisée. Le secteur manufacturier a enregistré un gain collectif de 72 %, tandis que bon nombre de catégories des services ont connu de belles augmentations à deux chiffres.
Les marges, également essentielles pour de nouvelles dépenses, ont aussi augmenté de façon impressionnante. Sur les 18 principaux secteurs d’activité mesurés dans l’enquête trimestrielle de Statistique Canada, les marges n’étaient inférieures à celles de la moyenne sur cinq ans d’avant la récession que pour quatre. Il semble donc que la vigueur de la demande intérieure ait favorisé les marges des industries canadiennes davantage tournées vers le marché intérieur, à l’exception notable de la construction. Les marges étaient aussi légèrement inférieures à la moyenne dans le secteur financier.
Il n’en est manifestement pas allé de même dans les secteurs exportateurs. Les marges dans les transports et l’entreposage continuent d’afficher une tendance à la baisse et sont nettement inférieures à leur pic à deux chiffres. Les marges manufacturières ont bénéficié de la tenue des sous-secteurs des mines, de l’alcool et du tabac, mais elles étaient inférieures dans 13 des 20 autres catégories. Cela donne à penser que les exportateurs attendent encore une reprise convaincante et qu’ils resteront probablement dans l’expectative dans les prochains mois avant d’embaucher et d’investir.
Il se peut que les exportateurs soient bientôt rejoints par des sceptiques de la reprise d’autres secteurs. Les bénéfices ont baissé de manière générale d’avril à juin, ce qui est un revers pour la tendance solide à la hausse. Cette baisse traduit le ralentissement qui commence à toucher la demande intérieure comme la demande à l’exportation. Si l’on ajoute les craintes renouvelées de fléchissement de la demande mondiale, il se peut fort que la fragilité des bénéfices n’entrave les plans d’expansion à court terme. On serait alors loin d’une vraie reprise.
Conclusion? Si les bénéfices sont le vrai indicateur d’une reprise bien installée, le revers du deuxième trimestre donne à penser que le Canada n’est pas encore tiré d’affaire. Il est trop tôt pour dire si cela deviendra une tendance, mais de nombreux signaux laissent entrevoir plusieurs mois de fléchissement – au-delà desquels une reprise plus durable nous attend.
Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l'auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'EDC.
Les bénéfices laissent-ils augurer un nouveau fléchissement?
Le : 3/09/10 09h30|
Les bénéfices des entreprises, instables dans les circonstances les plus favorables, sont généralement malmenés en période de récession. De même, quand une économie émerge d’une récession, ils peuvent donner une bonne idée de la durabilité de la reprise. Pour le Canada, ce cycle de bénéfices se porte bien. Mais que dit cet augure des perspectives à court terme?
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